Par l’ampleur de sa vision du monde, par l’intensité de l’expérience sensorielle qu’elle déploie, ainsi que par l’audace artistique de son créateur, l’opéra Saint François d’Assise d’Olivier Messiaen occupe, dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, une position comparable à celle de Tristan und Isolde de Richard Wagner un siècle plus tôt : celle d’une œuvre majeure et déterminante dans l’histoire de la musique. Les deux œuvres sont en outre liées par le thème de l’amour — un amour sans mesure qui s’accomplit dans la mort. Chez Wagner, il s’agit de l’amour entre un homme et une femme ; chez Messiaen, de l’amour d’un homme pour Jésus-Christ.

Dès l’enfance, Messiaen, profondément croyant, se sentit lié à l’Église catholique. Dans l’Église de la Sainte‑Trinité à Paris, il accompagna pendant des décennies les offices à l’orgue, tandis que ses compositions étaient interprétées par les orchestres les plus prestigieux d’Europe et des États-Unis. Cette double identité fut caractéristique de toute sa vie. Elle apparaît déjà clairement dans son remarquable cycle pour piano de plus de deux heures Vingt Regards sur l’Enfant‑Jésus, composé en 1944, près de quarante ans avant la création de Saint François d’Assise.Mais Messiaen se distingue encore par une troisième dimension : sa passion pour l’ornithologie. En 1952, il commença à consigner les chants d’oiseaux dans des dizaines de carnets, les notant en notation musicale. Il parcourut tous les continents à la recherche de nouvelles voix d’oiseaux. Celles-ci devinrent une source d’inspiration pour des œuvres pour piano et orchestre et, finalement pour son unique opéra, consacré à ce saint qui parlait aux oiseaux.L’œuvre scénique de Messiaen constitue une exception également parce qu’elle exige, tant du point de vue vocal qu’orchestral, des moyens considérables, ce qui explique qu’elle soit rarement représentée. En 2026, on commémore le 800ᵉ anniversaire de la mort de François d’Assise ; mais ce n’est pas seulement ce souvenir qui invite à se confronter à cet opéra monumental : Saint François d’Assise a encore aujourd’hui des choses essentielles à nous dire et transmet des expériences existentielles. Rencontrer François, c’est entrer dans une sphère spirituelle d’une exigence extrême. Car en lui, Messiaen l’avait compris, se révèle une radicalité étonnante : la rupture définitive avec son passé et sa famille, la quête d’une pauvreté absolue, la célébration du beau comme du laid, de la vie comme de la mort — et un rapport presque obsessionnel à la souffrance du Christ, jusqu’au désir de la revivre lui-même. Cette radicalité est très éloignée de l’image de François que l’Église propose aux touristes, très éloignée de cette représentation édulcorée qui atténue la force spirituelle et l’énergie révolutionnaire de ce saint et de son message.L’approche de Messiaen envers François fut un processus de plusieurs décennies ; ainsi son opus magnum est-il devenu la quintessence de toute une vie de compositeur. Avec le retour de Saint François d’Assise à Salzburg, le « chemin de la grâce » du « Poverello » d’Assise s’ouvre de nouveau. Il nous appartient désormais de le suivre et d’accompagner Messiaen sur les traces de cet homme qu’il n’a cessé d’interroger afin de mieux le comprendre et de l’aimer plus profondément.

Cette nouvelle production salzbourgeoise ramène le metteur en scène Romeo Castellucci et le chef d’orchestre Maxime Pascal à la Felsenreitschule. Le baryton Philippe Sly y fait ses débuts dans un rôle unique dans le répertoire lyrique — une expérience profondément humaine, une quête métaphysique au plus près de la terre, de la pierre et de l’immensité que nous portons en nous.

ReprésentationsReprésentationsReprésentationsReprésentationsReprésentationsReprésentations
4 août 26
17:00
9 août 26
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12 août 26
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15 août 26
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19 août 26
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23 août 26
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ProgrammeProgrammeProgrammeProgrammeProgrammeProgramme
Olivier Messiaen | Saint-François d'Assise
DistributionDistributionDistributionDistributionDistributionDistribution
Maxime PASCAL | Conductor
Romeo Castellucci | Director
Giulia Giammona | Artistic Collaborator
Christian Longchamp | Dramaturgy
Yasmine Hugonnet | Choregraphy
Paul Jeukendrup | Sound Director
Lauranne Oliva | L'Ange
Philippe Sly | Saint François
Sean Panikkar | Le Lépreux
Russell Braun | Frère Léon
Léo Vermot-Desroches | Frère Massée
Aaron-Casey Gould | Frère Élie
Willard White | Frère Bernard
Marius Aron | Frère Sylvestre
Ivan Lyvch | Frère Rufin
Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Jozef Chabroň | Choreinstudierung
Wiener Philharmoniker