Salvatore Sciarrino n’est pas un inconnu à la Staatsoper. Cinq de ses œuvres de théâtre musical ont été présentées entre 2010 et 2016 au Théâtre Schiller. Sa nouvelle création présente toutes les caractéristiques de son style si particulier : une musique limpide, fragile et pourtant pressante. Il a, de plus, conçu un traitement textuel sophistiqué et nuancé, faisant référence à des chapitres passés de l’histoire de la musique, désormais replacés dans un contexte contemporain. Le sous-titre de Ti vedo, ti sento, mi perdo (« Te voir, te sentir, me perdre ») est Attendre Stradella. Il fait allusion au destin d’Alessandro Stradella, compositeur italien très en vue à son époque, mort dans des circonstances mystérieuses en 1682 – victime d’un crime violent.
L’œuvre se déroule dans la demeure de la famille aristocratique Colonna, dans la Rome baroque, où un chanteur, un écrivain, un musicien, un chœur et un ensemble instrumental attendent sur scène l’arrivée du compositeur. Mais au lieu de la nouvelle aria promise, ils reçoivent la nouvelle de la mort de Stradella. Dans les moments qui précèdent, la musique et la vie de cet artiste controversé et original – une légende de son vivant – sont largement relatées et méditées. Différentes perspectives et valeurs entrent en jeu, tout comme des réflexions sur la nature humaine, le corps, les sens et la passion – en d’autres termes, l’essence même de l’opéra en tant que forme d’art.
Photo © Clärchen Matthias Baus